Quand Nicolas Sarkozy est arrivé au ministère de l'Intérieur au printemps 2002, il a annoncé qu’il s'attaquerait au problème de l'insécurité, l'un des thèmes qui avait fait perdre la gauche à l'élection présidentielle.
Pour défendre son bilan, il avance des statistiques (Observatoire National de la délinquance) : l'ensemble des crimes et délits enregistrés en 2006 par la police a baissé de 9% depuis 2002 (-1,33% en 2006).
Un chiffrage trompeur
Or les trois quarts des actes de délinquance recensés par la police sont des atteintes aux biens (vols, cambriolages), dont la tendance est à la baisse (-3,9%). Mais ce n’est pas le résultat de l'action de Monsieur Sarkozy, car celui-ci n'est pas le ministre de l'Intérieur des autres pays d'Europe, où l'on constate aussi le recul des vols. En fait, selon Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS, celui-ci est surtout du à l'"amélioration des systèmes de protection", c'est-à-dire à la généralisation des alarmes et serrures renforcées.
Par contre, les atteintes aux personnes ont augmenté (+6% en 2006 et +12,45% depuis 2002). Mais comme elles représentent moins du quart des actes de délinquances, elles ne pèsent pas assez pour montrer clairement l’échec de la politique de Nicolas Sarkozy. Ainsi, Nicolas Sarkozy à échoué face aux violences les plus graves : violences urbaines, violences aux personnes et trafics de drogues dures. Mais soyons honnêtes : les atteintes aux personnes augmentent aussi de façon continue dans d'autres pays d'Europe, ce qui relativise la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans cet échec.
En réalité, son bilan est un bilan moyen, qui ressemble à ceux des autres ministres de l'Intérieur européens, la communication en plus. Car Nicolas Sarkozy a voulu faire croire que la police allait, à elle seule, résoudre le problème de l’insécurité. Mais cette insécurité dépend surtout des conditions socio-économiques ou familiales (notamment la précarité, qui favorise la frustration et l'agression), qui n’ont pas été améliorées depuis 2002.
Un chiffrage malhonnête
Dans un rapport exclusif (révélé par le Nouvel Observateur) mené par les Inspections générales de l'Administration (IGA), de la Police nationale (IGPN) et de l'Inspection de la gendarmerie nationale (IGN), les commissariats "oublient" d'enregistrer un quart des vols et un tiers des violences physiques qui leur sont signalés, soit environ 500.000 délits.
Autre "bizarrerie" relevée par Libération : deux chercheurs ont relevé des incohérences dans les statistiques sur l'activité de la police jusqu'à fin novembre 2006 : un taux d'élucidation de 107 % pour les usages de stupéfiants et 108,33 % pour les recels : "Les enquêtes résolues seraient plus nombreuses que les faits constatés", selon les travaux de Jean-Hugues Matelly, du centre d'études et de recherches sur la police de Toulouse, et Christian Mouhanna, du centre de sociologie des organisations, qui ont analysé les statistiques sécuritaires de 1995 à 2006.
Une stature de présidentiable douteuse
Nicolas Sarkozy a construit sa "stature" de présidentiable sur les bases de son action au ministère de l’intérieur. Mais le géant a des pieds d’argile : son bilan étant insignifiant (ni mieux, ni moins bien que ses homologues européens), je ne lui reconnais pas l’envergure d’un président. Tout juste celle d’un chef de parti, capable de rassembler autour de son ego, la foule des postulants ambitieux qui cherchent à se caser.
Sans parler de sa personnalité anxiogène et conflictuelle. Ni de cette manie de naviguer à vue, sans idéologie ou ligne politique.
A présent Nicolas Sarkozy est sorti du Ministère de l'Intérieur. Pour Jacques Séguéla, c'est une erreur politique qui met en avant sa qualité de candidat sortant.
Ce qui lui rappelle le slogan : " SORTEZ DU SORTANT ! ".
Source : Le Nouvel Observateur, interview de Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, secrétaire général de la société européenne de criminologie.
En savoir plus : lire l'ouvrage "Ruptures" du magistrat Serge Portelli, qui dresse le bilan de 5 ans de gouvernement Sarkozy et réfutant la plupart des fausses évidences fondant sa politique de sécurité. Au dernier moment, son éditeur a « renoncé » à publier ce texte..
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