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La campagne présidentielle 2007 est l’occasion de multiples sondages qui semblent peu crédibles, voire même manipulés.
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C’est étrange mais plus les instituts de sondages se trompent et plus les Français sont sondés. La campagne de l’élection présidentielle 2007 connaît ainsi une multitude de sondages chaque semaine, qui sont commandés presque simultanément mais sont publiés les uns après les autres. On obtient alors une répétition d’une seule et même information, qui peut s’avérer totalement erronée, tant les enquêtes peuvent être menées de façon artificielle ou sur un échantillon trop contestable.
Des enquêtes artificielles
Rappelons d’abord que la présidente de l’Ifop est… Laurence Parisot, présidente du Medef ! Rappelons ensuite que la plupart des médias qui commandent les sondages, ont à leur tête des personnalités proches de Nicolas Sarkozy.
Ainsi, les enquêtes sont biaisées pour ne retranscrire que « la réalité qui convient » à leurs commanditaires.
La méthode est simple : on commande un sondage après un fait divers capable d’influencer la réponse des sondés (par exemple, quand on interroge sur une politique de répression des jeunes délinquants, au moment où un policier a été sauvagement brutalisé). Ou alors, on fait en sorte que « la réponse soit dans la question » (par exemple, quand les « régimes spéciaux » sont remis en cause, un sondage est diligenté et « Aujourd’hui en France » titre en Une : « Retraite, la fin des privilèges, les Français sont pour ».
Par contre, on évite de commander un sondage pendant une période « défavorable » (par exemple, après la rencontre de M. Sarkozy avec le président des Etats-Unis Georges W. Bush ou après son déplacement raté en Corse) ; pourtant notre pays produit deux sondages par jour en moyenne !
Et puis on n’est pas obligé de publier tous les résultats d’un sondage ! Par exemple, le 8 juin 2006, un sondage BVA-Le Figaro-LCI donnait ce titre du quotidien : « Pour 56 % des Français, Sarkozy fait les bons choix ». L’article n’évoquait pas d’autres résultats bien moins conformes à ce satisfecit, comme par exemple le fait que 81 % des sondés attribuaient l’insécurité à la dégradation des conditions de vie et à la pauvreté, que les médias créaient le sentiment d’insécurité pour 73 %.
Des enquêtes non représentatives
Les français ne sont pas demandeurs de cette surproduction de sondages, qui sont assez impopulaires. De ce fait, seules 10 % des personnes contactées, acceptent de répondre à une enquête d’opinion. Qu’auraient répondu les 90 % restants ?
En 1998, des chercheurs de Sciences-Po ont décortiqué les réponses utilisées par la Sofres pour un sondage. Ils y ont découvert que les diplômés du supérieur apparaissaient en surnombre dans l’échantillon utilisé (18 % des sondés contre 8 % dans la réalité), tandis que les « non-diplômés » se trouvaient sous-représentés (7,8 % contre 20 %). Or les électeurs du Front national sont nombreux dans cette catégorie modeste. D’autres catégories - habitants des quartiers difficiles, ouvriers, chômeurs - sont pareillement négligées.
L’exemple des sondages après le meeting du 11 février
Soulignons la manœuvre, qui a pour but de casser une dynamique de réussite, après la révélation du « Pacte présidentiel » de Ségolène Royal (le dimanche 11 février 2007 à Villepinte) :
- L’ensemble des médias a « mis la pression » avant cette intervention, en affirmant qu’un discours pas assez convaincant éliminerait définitivement les chances de la candidate socialiste.
- Le discours du 11 février a été particulièrement bien reçu par l’ensemble des présents et des commentateurs, car il répondait à l’attente de propositions précises. Pourtant, ce contenu a été rapidement ignoré : sur les 100 propositions d’un discours de deux heures, on ne parlera que de la fameuse « séquence émotion » (sur les jeunes de banlieue) et sur la persistance d’idées anciennes, comme les « jurys citoyens ».
- Dès le lendemain (12 février) été rendu public un sondage donnant une nouvelle fois Ségolène Royal perdante, alors qu’il était déjà obsolète (puisqu’il ne prenait pas en compte sa prestation).
Le même jour, au lieu du « débat d’idées, projet contre projet » tant attendu, on assiste à une médiatisation abusive sur le financement du « Pacte présidentiel » de Ségolène Royal, alors même que cela n’avait jamais été demandé à Nicolas Sarkozy.
En même temps, un sondage est réalisé par l’Ifop (institut présidé par Laurence Parisot, également présidente du MEDEF), à la demande de Paris Match (propriété d’Arnaud Lagardère, ami intime de Nicolas Sarkozy). Cette enquête a été effectuée auprès de seulement 879 personnes et alors que la population n’avait pas eu le temps de prendre en compte le discours prononcé la veille par Mme Royal.
- Le 13 février, ce sondage artificiel donne une avance encore plus large de M. Sarkozy sur Mme Royal (54 % contre 46 % au second tour). Aucune nuance n’est apportée (par exemple sur l’importante marge d’erreur) et il est bien précisé : « sondage réalisé après le discours de Ségolène Royal ».
L’objectif réel des sondages
L’intérêt de la prolifération des sondages, c’est d’abord de surestimer ou de sous-estimer un ou une candidat(e) et de procéder à un classement : nous avons ainsi l’organisation d’un suspense qui favorise l’audience des médias. En ce moment, l’organisation de ce suspense profite à François Bayrou et Jean-Marie Le Pen (pour la place de « 3e homme »)
Un second intérêt peut être de « disqualifier » certains candidats à la présidentielle. Certains se voyant trop bas auront tendance à se retirer, de peur de ne pas parvenir au 5 % permettant le remboursement des frais de campagne. En 2002, le candidat écologiste investi, M. Alain Lipietz, avait dû laisser la place car maltraité dans les journaux et ne décollant pas dans les sondages.
Finalement, celui qui commande, celui qui paye et qui fait publier peut faire dire ce qu’il veut aux sondages. Ceux qui commandent, qui payent, qui publient sont tous ou presque des proches du candidat UMP ...
Nous ne savons pas ce qui va se passer dans les prochaines semaines mais espérons que nous nous souviendrons une bonne foi pour toutes que les sondages se trompent toujours et que parfois, comme nous l’avons vécu en 2002, ce qui sort des urnes est l’expression malade d’une manipulation médiatique qui dégénère.
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